Le Lac Saint-Michel : grand ouvert aux vannistes curieux

Le plus vaste plan d’eau des Monts d’Arrée, le lac Saint-Michel (aussi appelé réservoir de Brennilis), n’existait pas encore sur les vieilles cartes avant les années 1930. Né de la main de l’Homme – EDF l’a construit en 1936 pour alimenter les besoins en eau et servir de réserve au canal de Nantes à Brest – il étend aujourd’hui 4,5 km² de miroir liquide (source : Bretagne Vivante). Son altitude modeste à 221 mètres suffit à offrir au regard le contraste saisissant entre la lande aride et l’eau calme.

  • Accès : Facilement accessible depuis la D36 reliant Brasparts à Brennilis. Plusieurs parkings sommaires jalonnent la rive nord, notamment près de l’ancienne église engloutie (visible quand le niveau du lac le permet !).
  • Spots pour la nuit : Pas de camping sauvage toléré sur le rivage même, mais quelques aires discrètes à moins de 500 m de l’eau. Attention à ne pas gêner le passage ou les riverains.
  • Particularité : Pêche à la truite prisée (notamment sur réservation avec l’AAPPMA locale), présence d’îlots calmes où observer canards plongeurs, aigrettes ou grèbes huppés.

Le lac, adossé à d’anciennes tourbières, évolue au gré des saisons. L’été, c’est la brume tôt le matin et le vent qui relève les vaguelettes, propices à la pause-café isolée. En hiver, rares sont les endroits où l’on se sent aussi loin du monde – à condition d’apprécier les conditions humides.

Lac de Nestavel et Yeun Elez : le marécage légendaire

À quelques encablures au sud du Saint-Michel, le Yeun Elez (« terrier des enfers » dans la cosmogonie bretonne) a longtemps terrorisé conteurs et pèlerins. Aujourd’hui, c’est aussi là que s’épanouissent les paysages de tourbière les plus emblématiques de tout le massif.

  • Lac de Nestavel : Plan d’eau semi-naturel, davantage une retenue marécageuse qu’un vrai lac. L’accès est possible par la petite route entre Saint-Rivoal et la centrale de Brennilis (parking en bord de route, accès restreint en période de nidification d’avril à juillet).
  • Yeun Elez : Paysage de marais touffu et d’eau grise, mystérieux même par grand soleil. Attention, pas de bivouac autorisé, respect des sentiers balisés indispensable pour la survie du milieu.
  • Biodiversité unique : 160 espèces de plantes identifiées dans le Yeun Elez, dont des sphaignes rares et la droséra, petite plante carnivore emblématique des tourbières (Observatoire Régional de l’Environnement Bretagne).

Ce coin-là se visite lentement, chaussures étanches vivement recommandées. Les tourbières des Monts d’Arrée retiennent dix fois plus de carbone que les forêts sur la même surface – ce sont des puits climatiques majeurs et des réserves d’eau douce critiques pour tout le Finistère (source : ORE Bretagne).

La tourbière du Venec : sentier sur pilotis et immersion totale

Entre Brennilis et La Feuillée, la tourbière du Venec, classée Réserve naturelle régionale depuis 1992, est un exemple rare de tourbière bombée. Ce phénomène (une accumulation de tourbe qui soulève la surface) n’existe que dans une poignée de sites en France.

  • Sentier aménagé : Une boucle de 1,5 km sur caillebotis part du lieu-dit "Le Venec" (parking à quelques mètres). Accessible toute l’année, mais attention aux fortes pluies : l’eau peut rejaillir sur le chemin ! Panneaux pédagogiques tout au long du parcours.
  • Spot en van : Aire de stationnement sommaire, sans services, mais parfaite pour une halte diurne ou un bivouac ultra-discret hors haute saison (rester respectueux : pas de déballage, aucun feu, pas de bruit après 20h).
  • Richesse écologique : Plus de 200 espèces végétales dont 11 protégées, libellules rares, et présence du lézard vivipare, symbole vivant de la tourbière.

Là, on peut croiser, avec un peu de chance, le discret courlis cendré ou observer les nuages accrochés aux crêtes du Roc’h Trédudon tout proche. Côté faune, la tourbière héberge aussi le triton alpestre – star discrète des inventaires naturalistes.

Le Lac de Drennec : loisirs et eaux pures en lisière de bruyère

Plus courtisé aux beaux jours, le Lac de Drennec – 110 hectares et une eau classée “A” – tranche avec la rudesse du reste des Monts d’Arrée. Réservoir d’eau potable pour Brest, sa baignade surveillée (en été, sur deux plages) attire les familles, tandis que les vannistes apprécient la tranquillité du crépuscule et du petit matin.

  • Accès facile : Par la D785 entre Sizun et Commana. Nombreux parkings autour du lac, aire de services camping-car (payante en été).
  • Autorisations : Stationnement de nuit toléré sur les parkings éloignés des plages, aucun camping sauvage sur la grève elle-même.
  • Activités : Pêche (carte obligatoire), randonnées autour du lac (5,6 km de sentier balisé), observation des hérons et sternes.
  • Astuce : Au petit matin, lumière rosée sur le miroir du lac ; idéal pour un café face à l’horizon avant l’arrivée des promeneurs.

Côté baignade, le Drennec est régulièrement classé parmi les eaux les plus propres de Bretagne (source : Agence Régionale de Santé Bretagne). Côté logistique, eaux et vidange sur l’aire de service principale, à proximité immédiate de la plage surveillée.

Lac de Brennilis : vestige industriel et refuge d’oiseaux

À l’ombre de la centrale nucléaire désaffectée, le lac de Brennilis s’étend sur plus de 80 hectares, pris en tenaille entre les anciennes tourbières et une mosaïque de bois et landes. C’est ici que l’on ressent le mieux l’alliance entre héritage industriel et nature reprise par la vie.

  • Accès : Par la D36, parking à 200 m du lac sur l’ancienne route d’accès à la centrale. Sentiers balisés autour du site (GR380).
  • Flore spécifique : Grands lits de nénuphars jaunes en été, retour des loutres d’Europe observé depuis une décennie (source : Office Français de la Biodiversité, 2021).
  • Dormir sur place : Aire naturelle de Brennilis, quelques places plates et discrètes hors sentiers majeurs. Le soir, le silence n’est perturbé que par le passage des buses ou des hérons sur fond de ruines industrielles.
  • À noter : Zone de pêche réglementée, possibilité d’affût photo ornithologique tôt le matin (mergules, grèbes castagneux).

Respecter les milieux, stationner malin : conseils pratiques

Qui dit van, dit mobilité ; mais la traversée de ces espaces fragiles impose quelques règles qu’on ne contourne pas :

  • Se garer uniquement sur les parkings ou lieux autorisés. Les zones humides ne sont pas faites pour supporter le poids d’un véhicule, même léger. S’enfoncer – ou laisser des traces – abîme le sol et privatise un coin pour tous les autres (et pour les bestioles qui y vivent).
  • Pas de vidange sauvage : Les tourbières sont des éponges à vie, tout rejet pollue directement le réseau d’eau du Finistère et accélère la disparition d’espèces sensibles.
  • Silence et discrétion : Bruits, lumières vives ou musique perturbent la faune nocturne – chouettes, renards, batsraciens…
  • Respecter les sentiers : L’accès hors piste détruit les plantes rares et favorise l’érosion, qui fragilise l’écoulement naturel de l’eau.
  • Règle d’or : Ramener systématiquement ses déchets, même les biodégradables (une épluchure de pomme dans une tourbière, c’est un élément étranger !) et préférer la cuvette chimique à l’abri à la “pause pipi sauvage”.

Pourquoi revenir ? Les saisons changent tout

Ce qui fait la force des lacs et tourbières des Monts d’Arrée, c’est leur capacité à se renouveler constamment. L’été, les landes vibrent de papillons et de libellules. À l’automne, les brumes enveloppent les rives, faisant surgir d’autres mondes dans les reflets. L’hiver, la glace se prend parfois sur les lagunes peu profondes, et la lande blême s’offre aux seuls courageux.

Chaque passage compte : pour le vanniste curieux, rien ne ressemble moins à un parking du lac Saint-Michel en janvier qu’à la même aire, assoupie sous le soleil de mai… Ce n’est pas qu’une question de météo, mais d’esprit d’observation, de respect du cycle vivant. Les milieux humides de l’Argoat sont aujourd’hui surveillés, balisés, protégés, car rares sont ceux qui subsistent dans un état “presque naturel”. Prendre le temps de s’y immerger – yeux, oreilles, réchaud posé – c’est se donner la chance de comprendre ce qui fait la force discrète du Finistère.

Pour aller plus loin et sortir des sentiers battus, il existe des fiches circuits et des cartes détaillées proposées par le Parc naturel régional d’Armorique (circuit “Brennilis-Yeun Elez”, sentiers de l’Ellé, topo-guides des lacs et zones humides). Les associations comme Bretagne Vivante parfois proposent des balades naturalistes accompagnées, idéales pour repérer les petits trésors qui échappent au regard quand on reste dans la cabine.

Les Monts d’Arrée méritent attention, patience et discrétion. S’arrêter, écouter, regarder, c’est déjà voyager – et ce, quelle que soit la météo.

Sources :

  • Bretagne Vivante
  • Office Français de la Biodiversité (OFB), suivi de la faune 2021
  • Observatoire Régional de l’Environnement Bretagne
  • Agence Régionale de Santé Bretagne, qualité des eaux de baignade 2023
  • Parc naturel régional d’Armorique

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